De septembre à février, les chemins que vous partagez avec votre chien deviennent aussi des territoires de chasse. Chaque automne, la même question revient chez les vétérinaires : faut-il arrêter de sortir en forêt ? Non. Mais la saison de la chasse cumule plusieurs risques, dont certains sont très peu connus des propriétaires : le tir accidentel, bien sûr, mais aussi la perte du chien, la rencontre avec un sanglier blessé, une maladie mortelle transmise par ce même sanglier, et la tombée de la nuit qui arrive plus tôt. Voici ce que disent les données, et ce que vous pouvez faire concrètement.
Ce que disent vraiment les chiffres
L'Office français de la biodiversité (OFB) publie chaque année le bilan des accidents de chasse. Sur la saison 2023-2024, il a recensé 6 morts, soit un niveau historiquement bas, et 97 accidents non mortels, dont 12 ont touché des non-chasseurs. La saison 2024-2025 a marqué une remontée, avec 11 chasseurs tués. Les accidents graves restent donc rares à l'échelle des millions de balades effectuées chaque automne.
En revanche, aucune statistique nationale ne recense les chiens de compagnie blessés ou tués lors d'une action de chasse. Les vétérinaires de campagne en voient pourtant chaque saison : plombs logés sous la peau, plaies par balle, morsures de sanglier. L'absence de chiffre ne signifie pas l'absence de risque.
Côté réglementation, le Code de l'environnement impose le port d'un vêtement fluorescent aux chasseurs participant à une chasse collective au grand gibier, et certains schémas départementaux l'étendent à d'autres chasses. Les promeneurs, eux, n'ont aucune obligation nationale, malgré les fausses informations qui circulent régulièrement. Quelques communes ont pris des arrêtés locaux : renseignez-vous en mairie.
Pourquoi l'orange fluo fonctionne… pour les humains
Le choix de l'orange fluorescent n'a rien d'esthétique. L'œil humain possède trois types de cônes et distingue très bien cette couleur du vert et du brun de la forêt. Le chevreuil et le sanglier, eux, n'ont que deux types de cônes : l'orange ne les alerte pas davantage qu'un vêtement kaki, ce qui explique que les chasseurs l'aient adopté sans gêner leur chasse.
Le chien est lui aussi dichromate. Les travaux de Neitz et de ses collègues (1989) ont montré qu'il perçoit surtout le bleu et le jaune, et confond le rouge, l'orange et le vert. Un gilet orange n'aide donc pas votre chien à vous voir : il aide le chasseur à repérer votre chien. C'est exactement ce que l'on recherche, car un chien qui se déplace dans les fourrés a la taille, la couleur et parfois l'allure d'un chevreuil ou d'un jeune sanglier.
Pour être efficace, un équipement de visibilité doit couvrir le dos et les flancs, c'est-à-dire ce que voit un tireur posté. Un simple collier orange ne suffit pas sur un chien de taille moyenne qui fouille les buissons. Un gilet de visibilité orange fluo, complété par une lumière pour chien haute visibilité accrochée au harnais, couvre à la fois le jour et la pénombre.

Le danger dont personne ne parle : la maladie d'Aujeszky
C'est probablement l'information la plus importante de cet article, et la moins connue. La maladie d'Aujeszky, aussi appelée « pseudo-rage », est due à un herpèsvirus qui circule chez les sangliers sauvages en France. Le porc et le sanglier y survivent. Pour le chien, elle est mortelle dans la quasi-totalité des cas.
Le chien se contamine en mordant un sanglier, en léchant son sang ou en mangeant ses abats crus. À l'automne et en hiver 2025, plusieurs cas ont été confirmés chez des chiens de chasse en Côte-d'Or et en Haute-Saône, après une morsure sur un sanglier blessé. Les signes apparaissent en 2 à 6 jours : changement brutal de comportement, démangeaisons intenses de la tête au point que l'animal se mutile, salivation abondante, difficultés à avaler, puis paralysie. La mort survient généralement en 48 heures. Il n'existe aucun traitement. Un vaccin est disponible sous autorisation temporaire, mais des chiens vaccinés ont tout de même été atteints.
Pour un chien de compagnie, la prévention tient en deux règles :
- ne jamais laisser votre chien approcher un sanglier, vivant, blessé ou mort, ni une carcasse ou des restes de vidage laissés en lisière ;
- ne jamais lui donner d'abats ou de viande crue de sanglier, même offerts par un voisin chasseur.
Si votre chien a eu un contact avec un sanglier et présente un comportement anormal ou se gratte la tête de façon frénétique dans les jours qui suivent, consultez en urgence et signalez le contact au vétérinaire.
Sanglier blessé, chien en danger
En dehors de toute maladie, le sanglier reste l'animal sauvage le plus dangereux de nos forêts pour un chien. En période de battue, des animaux blessés ou stressés quittent les zones de chasse et traversent les chemins. Un chien qui le prend en chasse s'expose à des coups de défense : les plaies, souvent profondes au niveau du thorax, de l'abdomen ou de l'intérieur des cuisses, peuvent atteindre les gros vaisseaux. Même une plaie qui paraît petite doit être vue par un vétérinaire, car la peau cache souvent des décollements et une contamination importante.
Le facteur oublié : la lumière
Le dernier dimanche d'octobre, le passage à l'heure d'hiver avance brutalement la tombée de la nuit d'une heure. Les promenades de fin de journée basculent alors dans la pénombre, au moment même où le gibier est le plus actif et où les automobilistes sont le plus surpris par un animal qui traverse.
Dans ces conditions, la couleur ne suffit plus : seule une source lumineuse ou un matériau réfléchissant est visible. Une lumière LED clignotante se voit de loin, même quand le chien est à quelques mètres devant vous dans un sous-bois. Elle vous permet aussi de garder un œil sur lui sans le rappeler en permanence. Retrouvez nos solutions dans la sélection visibilité chien.
Se promener à la tombée de la nuit, c'est aussi se promener à l'heure où la forêt se réveille. Chevreuils, cerfs, sangliers, renards et blaireaux sont surtout actifs au crépuscule et à l'aube. Le risque de croiser un animal sauvage est donc bien plus élevé en fin de journée qu'en plein après-midi, et un chien qui débusque un chevreuil ou une compagnie de sangliers peut partir loin en quelques secondes.
La bonne nouvelle, c'est que la plupart des animaux sauvages cherchent à éviter la rencontre. Encore faut-il qu'ils vous repèrent à temps. La lumière et le bruit sont vos meilleurs alliés : une lumière clignotante sur le harnais, une lampe frontale, une clochette au collier ou simplement une conversation à voix normale signalent votre arrivée de loin et laissent aux animaux le temps de s'écarter. À l'inverse, un binôme silencieux qui avance dans la pénombre risque de surprendre un animal à courte distance, ce qui est la situation la plus dangereuse, en particulier face à une laie avec ses marcassins. À ces heures-là, gardez votre chien en longe et restez sur les chemins.
Chien perdu en période de chasse : un risque sous-estimé
Les bruits de tir et le passage d'une meute font fuir de nombreux chiens, y compris les plus obéissants. Un chien en fuite peut parcourir plusieurs kilomètres, traverser des routes et se retrouver sur une zone de battue.
Trois réflexes limitent les conséquences :
- Vérifiez que l'identification de votre chien (puce électronique) est à jour, avec votre numéro de téléphone actuel dans le fichier national I-CAD.
- Ajoutez une médaille sur le collier : la personne qui le trouve n'a pas toujours de lecteur de puce. Gravez-y uniquement votre numéro de téléphone, éventuellement accompagné de la mention « chien identifié ». N'y inscrivez pas son nom : une personne mal intentionnée qui l'appelle par son prénom gagne immédiatement sa confiance, peut l'emmener plus facilement et se faire passer pour son propriétaire. N'y mettez pas non plus votre adresse, qui indiquerait à un inconnu où vous habitez, et peut-être que la maison est vide pendant que vous cherchez votre chien. Votre numéro suffit : c'est lui qui permet de vous joindre.
- Pendant les jours de chasse, gardez votre chien en longe plutôt qu'en liberté. Une longe de 5 m lui laisse de la liberté tout en vous gardant maître de la situation.

Organiser ses sorties pendant la saison
Quelques habitudes réduisent fortement l'exposition :
- Consultez les jours de chasse. Les dates varient selon les départements et les territoires. En forêt domaniale, l'ONF les publie sur son site. Les fédérations départementales de chasse et certaines mairies diffusent aussi les calendriers.
- Respectez les panneaux « chasse en cours ». Ils n'ont qu'une valeur informative, mais ils signalent une battue à proximité. Changez d'itinéraire.
- Signalez votre présence. Parlez, restez sur les chemins, et équipez votre chien d'une clochette si vous le laissez libre en dehors des jours de chasse.
- Privilégiez le milieu de journée. Les animaux sont moins actifs et la lumière est meilleure.
- Habillez-vous aussi. Un vêtement de couleur vive vous rend visible, et rend visible votre chien par association.
Et les tiques ?
On l'oublie souvent : l'automne n'est pas une saison sans tiques. Dermacentor reticulatus, la tique qui transmet la piroplasmose (babésiose) au chien, est particulièrement active en automne et au printemps. Les promenades en lisière et dans les herbes hautes, typiques de la saison, exposent directement votre chien. Poursuivez la protection antiparasitaire prescrite par votre vétérinaire, inspectez votre chien après chaque sortie, et retirez les tiques rapidement avec un tire-tique. Une fièvre, un abattement ou des urines foncées dans les jours suivant une sortie doivent vous faire consulter le jour même.
L'essentiel à retenir
La saison de la chasse ne doit pas vous priver de forêt, mais elle demande d'adapter vos habitudes. Rendez votre chien visible avec un équipement orange qui couvre son dos et une lumière pour la pénombre. Tenez-le en longe les jours de chasse. Ne le laissez jamais au contact d'un sanglier ou de ses restes : la maladie d'Aujeszky ne pardonne pas. Et gardez une protection contre les tiques jusqu'à l'hiver.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis de votre vétérinaire.
Sources : bilans OFB des accidents de chasse (saisons 2023-2024 et 2024-2025) ; Ministère de la Transition écologique, règles de port du vêtement fluorescent ; GTV Bourgogne-Franche-Comté, cas de maladie d'Aujeszky chez des chiens de chasse (janvier 2026) ; Neitz J., Geist T., Jacobs G.H. (1989), Color vision in the dog, Visual Neuroscience ; ESCCAP France, tiques du chien.